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Le Théâtre de Guignol est lié depuis ses origines à une seule technique de manipulation : le « Burattino », l’art de la marionnette à gaine.

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Les marionnettes

Lorsque Laurent Mourguet devient arracheur de dents en 1797 et qu’il décide d’attirer et divertir ses clients avec des marionnettes, il choisit, pour des raisons de commodités, des marionnettes à gaines de type burattino.

En effet, cette technique de manipulation très rudimentaire permet une plus grande liberté de mouvement, puisqu’elle ne mobilise qu’une seule main par marionnette.

Trouvant ses origines en Italie (l’italien buratto  désignant une étoffe brute et résistante utilisée pour le tamisage de la farine), la marionnette burattino se compose de trois éléments : la tête, les mains et la gaine.

La tête et les mains, exposées aux coups et aux chocs de la manipulation, sont en bois. Devant être taillées dans un matériau à la fois solide et facile à travailler tout en restant relativement léger pour le manipulateur, elles sont la plupart du temps issues du bois de tilleul.

La tête, sculptée généralement d’un seul bloc, est évidée afin de permettre au marionnettiste de passer son index dans le cou. Le visage est ensuite peint et les cheveux, quand ils ne sont pas sculptés directement, sont collés ou cloués sur le crâne de la marionnette.

La gaine, taillée dans un tissu résistant, constitue le corps de la marionnette auquel on ajoute les bras (manchons), souvent en cuir afin d’amener une certaine rigidité permettant de transporter des objets volumineux. Cette sorte de tunique souple est ensuite fixée sur le cou de la tête, puis cousue ou clouée.

Il ne reste ensuite plus à la marionnette qu’à être costumée, et la voilà prête à jouer.

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Manipulation

Pour manipuler la marionnette, le marionnettiste va alors « ganter » ou « chausser » la gaine, c’est à dire glisser son avant-bras dans le tissu, puis ses doigts dans la tête et les bras.

Dans le cadre du Théâtre de Guignol et de la gaine lyonnaise, le manipulateur passe son pouce dans un bras, son index dans la tête,  et les trois derniers doigts dans l’autre bras.

Les comédiens jouent la plupart du temps derrière un castelet suffisamment haut pour les dissimuler. Ils manipulent donc leurs marionnettes par dessous, les bras tendus vers le haut et les font évoluer d’un bout à l’autre de la scène, devant un décor dressé au second plan.

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Le Jeu

Contrairement aux apparences, faire « vivre » une marionnette à gaine n’est pas si facile.

Dans le Théâtre de Guignol, le fait de devoir jouer la durée d’un spectacle avec des marionnettes d’un certain poids tenues à bout de bras au dessus de la tête est déjà une première difficulté pour les comédiens.

De plus, du fait de son aspect particulier, la marionnette à gaine dispose d’une manière personnelle de se mouvoir et de s’exprimer dans l’espace. Par exemple, si le personnage doit exprimer un refus, la tête de la marionnette ne pouvant hocher latéralement, c’est tout son corps qui va devoir pivoter pour communiquer l’émotion. Ce mouvement, qui ne correspond pas à une gestuelle humaine exacte, montre la capacité de cette technique à adopter son propre langage pour traduire la réalité.

Cela implique donc pour le marionnettiste une connaissance précise des ficelles de cet art ainsi qu’ une virtuosité de corps lui permettant d’imprimer un mouvement naturel et souple à la marionnette. Sans oublier un certain sens du rythme pour parvenir à synchroniser le geste à la parole.

Car le burattino permet également, en étant restreint en termes de mouvements, de mettre en avant le dialogue, l’improvisation, le jeu verbal entre les personnages, s’inscrivant ainsi dans la  droite lignée de la Commedia Dell’Arte. La voix étant aussi une manière supplémentaire de donner du corps et de la vivacité aux personnage, elle est donc un élément clé de cette technique .

Cette manière de se jouer des contraintes apporte au spectacle de burattino un langage et une énergie propre, dissimulés derrière une apparente simplicité facilitant son accessibilité.

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