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L’histoire du théâtre de Guignol débute à la fin du XVIIIème siècle à Lyon, où son créateur, Laurent Mourguet, naît en 1769 au sein d’une famille de canuts…

Guignol-Gnafron

 

Aux origines de Guignol : Laurent Mourguet, les canuts et l’arrachage de dents

Laurent Mourguet voit le jour à Lyon en 1769 au sein d’une famille de canuts, les ouvriers tisserands de la soie. Il apprend le métier auprès de son père dès son plus jeune âge et ne reçoit pas d’autre éducation : il ne saura jamais écrire, ce qui ne l’empêche pas d’avoir des bases culturelles solides puisque  le milieu canut dans lequel il évolue possède sa propre culture, s’articulant, entre autres, autour de petites troupes de théâtres montées par les ouvriers eux-mêmes.

En dehors de son métier, Mourguet n’a aucune qualification particulière. Ainsi, lorsque la crise frappe l’industrie de la soie lyonnaise à la fin du XVIIIème siècle et qu’il se retrouve au chômage, il enchaine toute une série de petits boulots afin de pouvoir subvenir aux besoins de sa famille. Après avoir été notamment marchand ambulant et forain, il devient arracheur de dents à partir de 1797. A cette époque, aucun diplôme n’est  nécessaire pour exercer cette profession qui se rapproche plus de celle de marchand que de celle de médecin puisque les dents sont arrachées gratuitement dans le but de vendre ensuite les onguents censés soulager la douleur.

Afin d’attirer et de convaincre le chaland, il monte un petit théâtre de marionnettes à côté de son fauteuil. Prenant comme protagoniste une marionnette de Polichinelle, Mourguet s’appuie pour son « argumentaire » sur de vieux canevas de la Commedia Dell’Arte autour desquels il improvise.

Quelques années plus tard, en 1804, ayant peut-être pris conscience qu’il a plus de succès avec ses poupées de bois qu’avec ses tenailles, Laurent Mourguet franchit le pas et devient marionnettiste à temps plein. Il installe son castelet allée des Brotteaux, à Lyon, au milieu d’autres forains et comédiens. Là-bas, il continue d’explorer le répertoire de la Commedia Dell’Arte tout en brodant des dialogues inspirés par l’actualité.      

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L’arrivée du Père Thomas

Afin d’amener un peu d’animation supplémentaire à ses spectacles, Mourguet s’associe avec un autre comédien et musicien du coin : Lambert Grégoire Ladré, dit «  le Père Thomas ». Debout devant le castelet, le Père Thomas joue du violon, chante, discute avec les passants puis avec les marionnettes, créant ainsi le lien entre les deux parties. L’association connaît un certain succès mais elle finit par battre de l’aile, principalement à cause des penchants du Père Thomas pour le vin qui affectent son caractère et le conduisent à rater des représentations ou à s’endormir derrière le castelet. Thomas et Mourguet finissent donc par se séparer.

Selon la petite histoire, Laurent Mourguet,  afin de combler la grande absence laissée par le père Thomas après son départ,  aurait sculpté une marionnette reprenant le physique et les principaux traits de caractère de son compagnon. Cette marionnette, aujourd’hui visible aux musées Gadagne à Lyon, serait à l’origine du personnage de Gnafron.

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Après avoir exercé encore un temps à l’extérieur, Laurent Mourguet ouvre son premier théâtre fixe au rez-de-chaussée de la maison où il loge, place Boucherie à Saint Paul. Les revenus de son petit théâtre ne sont guère suffisants pour faire vivre sa famille. Il travaille dès lors en complément dans une crèche, ces théâtres lyonnais où l’on joue drames et féeries avec des marionnettes à tringles et à fils, ce qui lui permet de se former encore un peu plus à l’art de la manipulation tout en assimilant un répertoire classique et populaire.

 

La naissance de Guignol

Pendant ce temps, dans son propre théâtre, ayant remarqué que le public commençait à se lasser du personnage de Polichinelle, Mourguet décide d’inventer un nouveau personnage plus en phase avec son temps, pouvant tout aussi bien donner son avis sur l’actualité et la société que jouer le rôle de Polichinelle dans les canevas classiques. Sculpté, selon la légende, d’après le visage de Mourguet lui-même et portant l’habit du père Coquard, un personnage typique des crèches lyonnaises représentant le petit peuple, Guignol vient de naître. Aucune certitude n’existe quant à la date de création. On l’estime tout de même autour de 1810, la version « officielle » retenant l’année 1808.

Le personnage fait son petit bout de chemin dans les années qui suivent. En 1820, ne pouvant plus faire face seul aux représentations de plus en plus nombreuses et à un public toujours plus demandant, Mourguet décide d’embaucher une troupe pour l’aider. Il engage son fils Étienne, sa fille Rose-Pierrette ainsi que le mari de cette dernière, Louis Josserand. 

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Avec quatre comédiens, l’horizon s’élargit : les personnages sont plus nombreux, les pièces gagnent en longueur et leur nombre se multiplie. Entre 1820 et 1830, la troupe est souvent en tournée dans les villes et campagnes de la région lyonnaise. Ce n’est qu’au cours des années 1830 que s’établit le premier grand théâtre de Guignol permanent à Lyon, tenu par Étienne Mourguet au Café du Caveau, marquant ainsi la première apparition de la formule café-théâtre de Guignol qui va propulser le personnage sur le devant de la scène et lui faire vivre ses plus belles années. Jusque-là, c’est Guignol qui allait à la rencontre de son public, Laurent Mourguet s’efforçant de jouer pour tous. A partir de 1838 (date de la première trace officielle de Guignol au Café du Caveau), c’est le public qui vient à Guignol. Le personnage doit répondre aux nouvelles attentes d’une clientèle populaire, composée de  jeunes artisans, d’ouvriers et de dockers, tous en grande majorité illettrés. Guignol s’adapte donc et, tout en gardant sa fonction de départ, celle d’être un porte-parole, devient la gazette du quartier. Tout en amusant, il informe, amène les nouvelles du jour et les tourne en dérision. C’est ce rôle et cette popularité auprès du petit peuple qui amèneront, au cours de la seconde moitié du XIXème siècle, les autorités du Second Empire à prendre des décisions afin de limiter et réduire l’influence du personnage.

Pour l’heure, Laurent Mourguet, qui a du mal à trouver sa place dans cette nouvelle manière de faire les choses, décide de prendre du recul et quitte Lyon pour Vienne où il jouera son Guignol pour les enfants, avec sa femme et son petit-fils, dans un théâtre situé rue des Clercs, jusqu’à sa mort le 30 décembre 1844.